Sacha Un détour dans le futur Sauveteur



En sortant du magasin de jouets de jardin, je croise les bras autour de moi en sentant l'air fraîchir. Je regarde à gauche et à droite avant de traverser la bullo-route. Je prends le chemin de la maison de Johan avec une sorte de mélancolie que je commence à connaître mieux que tout. Je sonne à la porte et le vieil homme m'ouvre avec un sourire aussi grand que sa figure. Je sens ma joie revenir en l'entendant rire.

- Entre, mon enfant, dit-il simplement.

Je le suis vers le jardin avec une sorte de joie enfantine. Je lui présente la balançoire que j'ai achetée avant de venir chez lui.

- Tu as parlé à quelqu'un de ce que nous allons faire ?

- Non, enfin oui. Mais c'est ma meilleure amie et je suis sûre qu'elle ne le dira à personne.

- Qui c'est ta meilleure amie ?

- C'est Xénia, la styliste.

- C'est bien ma veine, c'est la pire des commères ! S'exclama-t-il en me jetant un regard noir.

- Mais je suis sûre qu'elle ne dira rien à personne.

- Et puis de toute manière, on s'en fiche. Je n'ai plus aucune réputation à soigner.

- Je sais, je suis au courant.

Il me regarde avec stupéfaction et me demande :

- Et pourquoi ne me traites-tu pas de fou ?

- Parce que j'ai confiance en vous et qu'en vous écoutant j'ai senti que vous aviez toute votre tête.

Il haussa un sourcil avant de me serrer très fort dans ses bras. Après, il se mit à rire à gorge déployée. Il riait tellement fort que j'avais l'impression que l'on pouvait voir jusque dans le fond de son slip.

- Allons, ne perdons pas de temps. Dit-il en se tenant les côtes.

- Bien.

Il me fait pénétrer dans son jardin et je découvre avec surprise l'un des plus beaux jardins que j'ai jamais vu de toute ma vie. Il y a de très belles statues représentant des femmes avec des bouquets de fleurs. Les statues sont si blanches que j'ai l'impression qu'il les nettoie tous les jours avec une brosse à dents. Des milliers de roses, de marguerites, de pâquerettes, de tulipes, de jacinthes, de narcisses me font face en une sorte de feu d'artifice. Quelques arbres fruitiers montrent fièrement leurs feuilles bien vertes et leurs fruits juteux. Des petits carrés de terre sans un brin de mauvaises herbes arborent des petites fontaines ravissantes. Je pense avec mélancolie que si quelque chose devrait ressembler au fameux jardin d'Eden, ce serait bien le jardin de Johan. Je fixe un des fruits bien mûrs en pensant que le vieil homme en mal d'amour a dû reporter tout ce qui ne pouvait pas donner à une femme à ce splendide jardin. Je suis tellement émue que j'en ai les larmes aux yeux. Je jette un coup d'oeil à Johan qui regarde une narcisse avec amour et tendresse en lui recommandant de rester belle jusqu'au début de l'hiver. Après quelques minutes, il se retourne vers moi et me fait signe de m'approcher. J'obtempère et le suis dans une sorte de jardin abandonné qui sans pour être cela mal entretenu. Je lui présente la balançoire. Il me présente, avec un peu de fatalisme, la reconstitution impressionnante du fond de mon jardin. Tout y est, la remise à outils avec ses murs en béton et son petit toit de tuiles rouges devenues brunes avec le temps. Le vieil homme plante les 4 piquets du portique de la balançoire et tandis qu'il continue à la monter, je pars à la découverte du jardin verdoyant. Je cueille deux pommes et mords dans l'un des deux fruits juteux. Pendant que je continue d'explorer le jardin extraordinaire, Johan monte la balançoire avec application. Il fait attention à chaque détail, il relit et relit ce que je lui avais raconté au sujet de mon accident qu'il avait noté dans les moindres détails. Il ne peut faire une erreur de quelques centimètres sinon tout sera fichu. Il rajuste ses lunettes sur son nez et passe un coup de langue appliqué sur ses lèvres. Il connaît l'enjeu de ce qu'il construit, il sait que si il se trompe, je vais m'écraser comme un sac de pomme de terre contre le mur de béton. Je le regarde avec une légère inquiétude en venant de réaliser que je venais de mettre ma vie en jeu. Un frisson d'effroi me glace le sang. Après plusieurs heures, Johan se retourne vers moi avec un sourire satisfait, des perles de sueur sillonnent son front tandis qu'il s'essuie les mains dans un chiffon qui avait dû être blanc.

- Je crois que c'est prêt, ma grande, me dit-il avec un sourire un peu trop tordu à mon goût.

- Vous êtes sûr que ça va marcher ?

- Peut-être que oui, peut-être que non.

J'ai envie de l'étrangler en ce moment, mais mes bras sont tellement faibles que je ne suis pas sûre de savoir les lever.

- La balançoire est à toi ? J'ai scié légèrement l'une des cordes afin d'être sûr qu'elle se brisera.

C'est pas vrai, mais en plus il s'assure que je vais bien crever dans cette histoire de tarés. Et si je me réveillais ? Ce serait pas mal mais hélas, ce serait trop facile? Mon Dieu? Tiens, entre temps, je suis devenue catholique ? C'est marrant.

Je m'avance vers la balançoire à pas très lents, un escargot me battrait en vitesse croisière tellement je vais lentement. Je m'installe sur la balançoire qui émet un léger craquement. J'ai pris soin de remettre mon pull de laine et mon jeans que Xénia n'avait pas jeté par miracle.

- Tu dois être décontractée, comme quand tu es allée la dernière fois, tu étais relax. Pense à quelque chose qui te fait sourire. Autrement dit, ne pense pas à moi..

Il a dit cette phase avec une émotion qui se reflète dans ses yeux. Il me fait un au revoir de la main tandis que je tire sur les cordes avant de m'envoler dans les airs.

Je vais d'avant en arrière, le vent caresse mon visage. J'ai envie de rire et de pleurer à la fois, je ne sais vraiment plus quoi penser. Je pense à Xénia et à son sourire si réjouissant et si contagieux, à ce CHER Patrick, à Johan, à Tonya et Antonella. Soudain, l'une des cordes se brise et je me sens aspirée dans une sorte de tunnel à la lumière violente, des bruits étranges me fracassent les oreilles, ma vue se brouille et j'ai l'impression que tout mon corps est en train d'exploser.

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