Sacha Un détour dans le futur Rencontre



Je sonne à la porte de l'homme. J'entendis des bruits de pas et des grincements de portes et j'entendis un :« Vire-toi de là, chat débile ou je te fais avaler la moquette ! ».

Après un déverrouillage de la porte plutôt bruyant, un homme d'âge mûr m'accueille avec un sourire caché par une grosse moustache bien fournie et une pipe en ivoire. Ses yeux rieurs sont entourés de petites rides montrant une vieillesse bien entamée. Il me fait signe d'entrer en allumant sa pipe d'un geste méthodique et plein de style. Il secoue l'allumette pour l'éteindre et la jette dans un pot de fleurs bourré de plein d'autres allumettes. Je lève un sourcil moqueur en contemplant la plante à moitié crevée. Il me fait entrer dans une pièce amplement décorée de toute sorte d'objets. Des masques africains sont accrochés au mur avec un goût plutôt douteux. Un tapis arabe accueille à s'asseoir sur un des rares fauteuils libres de toute une collection de bouquins.

- Asseyez-vous quelque part, si vous trouvez une place, dit-il en riant légèrement.

- Merci.

- Je vous sers quelque chose à boire ?

- Un verre de lait, s'il vous plaît..

En voyant ma grimace de dégoût, je le vois rajouter une petite goutte de rhum avec un petit sourire taquin. Il me donne le verre et me jette un coup d'oeil m'invitant à lui développer toute mon histoire. Je lui explique tout pendant qu'un chat gris tout miteux se frotte contre mes jambes en ronronnant bruyamment. Le vieux m'a écouté avec attention. Je vois ses yeux malicieux guetter chacun de mes mouvements derrière ses petites lunettes rondes.

- Et pourquoi croyez-vous que je puisse vous aider ? Demande-t-il en bourrant à nouveau sa pipe.

- J'ai lu quelques lignes de votre livre intitulé « la Mort ». Et vous parliez de la Terre avec un grand T. Et si vous vouliez parler de la terre à cultiver, vous n'auriez pas mis de majuscule à Terre. Ca veut dire que vous connaissez la planète Terre aussi bien que votre pipe.

Le vieil homme baissa ses lunettes et me regarda avec curiosité et dit :

- Tu es plus intelligente que tu en a l'air.

- Merci.

- Je me demandais quand est-ce qu'on remarquerait cette « faute » volontaire. Seul un terrien aurait pu la voir.

Je fronce les sourcils ; je ne vois pas du tout où il veut en venir. Il continue :

- Vois-tu, je suis moi-même un Terrien.

Je sens mon coeur battre la chamade. Et je demande :

- Comment se fait-il que vous soyez ici ?

- Je suis arrivé comme toi. J'ai eu un accident de voiture et je suis arrivé ici tout perdu.

- Vous voulez dire que tous les gens qui sont ici sont des Terriens ?

- Non pas spécialement? Quelques uns. Toi et moi sommes dans un coma qui peut nous rendre la vie.

- J'ai rien pigé.

- Mais si voyons ! Certaines personnes qui sont dans le coma finissent par mourir et bien ces personnes ne sont pas passées par ici ! Tu comprends ?

- Non. En fait, vous voulez dire que moi, il y a moyen de me renvoyer sur Terre et que je revive ma vie d'avant, c'est ça ?

- Oui à peu près.

- Et vous vous êtes aussi dans le coma, c'est ça ?

- Exactement.

- Mais comment fait-on pour revenir sur Terre ?

- Justement, j'ai fait une théorie. J'en ai déduit que tous les Terriens qui sont ici, ont eu un accident et que pour revenir sur Terre, il faudrait essayer de reconstituer cet accident afin de revenir dans le corps qui nous attend sur Terre.

- Je vais devoir reconstituer mon accident ? Mais comment vais-je faire ?

- Je ne sais pas encore ; mais il faut que vous sachiez ce qui a causé votre accident.

- Ma balançoire a cassé. Mais et vous ? Comment allez-vous faire ?

- Je ne vais pas essayer de repartir sur Terre, je suis trop vieux pour revivre mon accident. Par contre, je vais essayer de vous faire revivre le vôtre.

- Mais si ça ne marche pas ?

- Je viendrai vous apporter des fleurs à l'hôpital.

- C'est plutôt risqué votre truc mais qui ne tente rien n'a rien.

- Bien dit ! Il ne reste plus qu'à vous rappeler ce qui vous a mise dans le coma.

- J'ai percuté la cabane à outils.

- Venez dans mon jardin, j'ai une cabane à outils.

- Et une balançoire ?

- Je n'ai plus votre âge donc je n'ai jamais vu l'utilité dans acheter une.

- Il faudra en acheter une alors.

- Où avais-je la tête ? Bien sûr ! Sinon ça ne marchera pas. A quel moment de la journée s'est passé cet accident ?

- Tôt le matin. Mais ça va me faire mal ?

- Non. Bien sûr que si ! Enfin, réfléchissez un peu !

- Je vais m'occuper d'acheter une balançoire et nous la monterons ensemble, d'accord ?

- D'accord, il faudra que je lui fasse quelques petits changements et vous pourrez repartir chez vous.

- Merci, vous me sauvez la vie !

Suite