Sacha Un détour dans le futur Seule



Je relis la lettre avec tristesse, triste pour le départ de Xénia ou triste pour le départ de Patrick qui part pour 5 jours avec mes chances de retourner chez moi? Bonne question! Je regarde l'appartement et décide d'en faire le tour. Je vais dans la salle à manger, je regarde les photographies posées sur le meuble à vaisselle, l'une d'elles quand elle était adolescente avec des tas de taches de rousseurs partout, une autre où elle est allongée sur une plage de sable fin entourant un labrador à poils blonds à qui elle a enfilé ses lunettes noires. Elle semble s'amuser comme une petite folle. Une autre photo la montre dans une position de star : les yeux légèrement plissés, les lèvres entrouvertes, les mains enfournée dans sa longue chevelure brune, elle est habillée d'un simple bikini jaune très sexy. Elle est vraiment très jolie! Une autre la montre avec sa famille, elle a un sourire triste et les yeux colériques. Cette photo me fait sourire, elle avait déjà un sacré caractère ! Je contourne la table ronde et me dirige vers son bureau qui est de nouveau sens dessus-dessous, je contemple le paquet de croquis éparpillé un peu partout ;il y a de forts beaux vêtements, ma foi! Mais il y en a certains que je n'oserais jamais porter. Même en cauchemar ! Je jette un coup d'oeil à la zapette et j'allume la TV pour ne pas mourir d'ennui. Ensuite, je mange un horrible casse-croûte périmé depuis la nuit des temps, je passe sous la douche, saute dans mon pyjama et vais me coucher. Ce genre de journée se perpétua durant 5 jours jusqu'au retour de Xénia. Celle-ci fit une entrée en fanfare alors que je recomptais pour la vingt-septième fois le nombre d'orteils qui peuplait étonnamment mes pieds.

- Pat ! Tu m'as manquée ! Presqu'autant que ma belle-doche !

- Je dois prendre ça pour un compliment ? Dis-je en haussant un sourcil et en jetant un regard suspicieux à mon gros orteil.

- C'était une tentative de feinte, t'es contente de me voir ?

- ?

- Ne me dis rien de plus.

- Xénia ! Tu m'as tellement manqué !

J'ai sauté de mon hamac et je la serre à l'étouffer. Je la contemple avec plaisir, quand je remarque avec surprise que son ventre a doublé de volume.

- T'as attrapé une indigestion ou c'est autre chose?

- C'est autre chose.

- Quoi ?! Tu as fait crac-crac avec le toubib ?!

- En général c'est comme ça qu'on fait les enfants, ma poule !

- Bon et c'est à quand l'heureux événement ?

- Dans deux semaines.

- Ca c'est pas possible, il faut neuf mois pour qu'un bébé soit complètement développé.

- Dans ton monde peut-être, mais pas dans le nôtre, ici c'est sept semaines et il nous présente son CV !

- Très drôle ! Et comment vous allez faire quand bébé et son CV seront sortis ?

- Patrick viendra habiter avec nous.

J'ai dû avaler la bouteille d'eau que je sirotais car un truc reste coincé dans ma gorge.

- Si c'est ta manière de me dire que tu ne peux pas flairer Patrick, sache que c'est réciproque. Il fait tout ce qui est en son pouvoir pour te renvoyer le plus rapidement sur ta planète !

Je ricane :

- Dans ce cas, je vais encore le faire un peu plus chier, comme ça je serai chez moi dans très peu de temps.

- Pat !

- Pour une fois que je disais le fond de ma pensée !

- Je ne t'ai pas tout dit.

- Qu'est-ce qu'il pourrait y avoir de pire que d'avoir un bébé et le toubib sur les bras ?

- Je vais me marier avec le toubib en question.

J'avale mon rire d'un coup et je le sens passer dans mon estomac tout comme j'ai senti la bouteille d'eau tout à l'heure.

- C'est une blague ? Dis-je péniblement.

- Non. Ce sera un mariage merveilleux et tu y seras invitée.

- Si j'étais sur terre je demanderais à genoux de m'envoyer au fin fond de la Sibérie? Et quand aura lieu cette CHARMANTE cérémonie ?

- Peut-être dans deux jours? Le temps de faire les invitations.

- Ca c'est chouette alors !

- T'es vraiment chiante, quand tu t'y mets ; pas que quand tu t'y mets d'ailleurs.

- Merci.

- Bon, tu vas m'aider à préparer cette fête, même si tu n'en a pas envie.

- C'est ça ou le meurtre sur place? Quelle est la différence ?

- Ben?

- C'est bien ce que je me disais, va pour le meurtre.

- Pat ? dit Xénia sur un ton sans réplique.

- Bon, d'accord je vais t'aider à préparer cette ... de fête.

- La voix de la raison a su tracer un chemin jusqu'à ton cerveau !

- Quel cerveau ?

Je me retourne à la voix familière qui a jailli de derrière mon dos.

- Patrick ! crie Xénia en se jetant dans ses bras.

- Mon poussin en sucre !

Je regarde cette scène d'un oeil critique.

- Mon petit chou à la crème, mon Patrichou.

- Mon lapin rose.

- Bon, ça va ? C'est fini cette discussion d'amoureux transis ? J'ai besoin du petit chou à la crème pour soulever une des tables là-bas.

- Très drôle.

- Quand je vous appelle par votre prénom, y'a personne qui répond, alors?

Le petit chou se dirigea vers moi avec un regard impertinent et souleva une des tables rien qu'avec le pouce et l'index et me dit :

- Ces tables ne pèsent pas plus de 500 grammes.

Le bide ! Je dois être rouge comme une tomate.

- Je ne savais pas, chez moi des tables comme ça , ça pèse entre 15 et 20 kilos.

- 20 kilos ? Vraiment ? Dit le toubib d'une voix sarcastique.

Il commence vraiment à me les casser celui- là. J'ai envie de lui clouer le bec mais j'ai autre chose à faire que de me bagarrer verbalement avec ce toubib de mes deux.

- Bon et si on allait manger un sorbet aux fruits au lieu d'entamer une discussion, comment dire un peu « hard ».

Le toubib et moi nous lançons des regards plutôt menaçants.

- Allez manger votre sorbet ensemble, je n'ai vraiment pas envie de jouer le rôle du lance-flammes.

- Bon, si tu le veux. Tu viens, chouchou ?

- Ouais, c'est ça, tu te casses chouchou. Ricanais-je en le regardant les bras croisés s'éloigner avec Xénia.

Il me lance un regard à tuer un char d'assaut, avant de refermer la porte derrière lui.

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