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Nous gravissons une rangée d'escaliers et arrivons à un étage où les scientifiques sont encore plus atteints que ceux d'en bas. Xénia rit à gorge déployée. Elle me pousse vers une porte entrouverte qu'elle ouvre. J'entre ; un grand bureau en chêne verni me fait face. Un homme de grande taille me présente une chaise en même temps qu'il embrasse affectueusement Xénia sur la joue. Devant cette familiarité, je le détaille un peu plus. C'est vrai, il m'a serré la main, et alors ? Il est grand, bronzé, il a les yeux très bleus. Très bleus ! Quand je regarde au fin fond de ses prunelles, j'ai l'impression de tomber dans le vide, j'ai un sursaut de cette terreur qui m'emplit depuis le premier jour. Sa mâchoire est carrée et affiche un sourire carnassier de grand fauve. Ses cheveux blonds sont dressés en pics de hérisson. Il regarde Xénia avec tendresse ; de cette tendresse que je ne reçois plus depuis que je suis si loin de Tim. Il se tourne vers moi et me lance un regard interrogatif. - Qu'est-ce qui vous amène dans mon cabinet ? - Patricia voudrait retourner dans son monde. déclare Xénia. - Rien que ça ? - Rien que ça. Je l'ai dit très sèchement. Le type pousse un soupir. - Nous sommes partis du mauvais pied. Je m'appelle Patrick et je suis là pour vous aider. - Vraiment ? dis-je cyniquement. Ce Patrick ne me plaît pas du tout et son sale sourire charmeur, j'ai vraiment envie de le lui enfoncer dans le... Là où je pense. - Je vous en prie, cessez d'être sur la défensive. - Désolée, je ne suis pas croyante, je ne prie pas Dieu. - Vous êtes loin d'être Dieu, Patricia. Dans les dents, ma fille ! Celle là, c'est message reçu 5 sur 5 ! Je cherche un sale truc à lui envoyer en pleine poire, mais dans mon répertoire bourré, je ne trouve pas la bonne page. - Bien, maintenant que les points sont mis sur les i, veuillez m'expliquer votre problème. dit-il en arborant un sourire vainqueur. - Vous avez été psy dans une autre vie où quoi ? - Pat ! T'arrêtes ? s'exclame Xénia qui a suivi la scène avec intérêt.. - Je veux bien arrêter, si tu lui dis de me lâcher la grappe, car il commence sérieusement à me les casser, ton mec ! - T'en a pas. - Des fesses, ça j'en ai ma fille ! - T'es vraiment insupportable, Patrick est là pour t'aider. - Pour m'aider à quoi ? Me suis je exclamée. - A me dire que effectivement, non, je ne peux pas retourner chez moi et qu'il faudra que je m'habitue à ce monde de tarés ? Merci, mais je suis capable de le faire toute seule ! Le con m'a écoutée avec intérêt tandis que je passais mes nerfs sur Xénia. - Vous semblez très déterminée à rentrer chez vous? - Non, sans blagues ? dis-je avec autant de cynisme que de colère. - Dans ce cas, nous allons essayer de vous aider. - Si ce n'est pas trop vous demander, bien sûr. - Ecoutez Patricia, vous renvoyer sur votre planète, je m'en balance, j'accepte de vous aider par pure compassion, mais si vous continuer à être aussi sympathique avec votre monde ; on vous construira un vaisseau spatial qui vous enverra sur Jupiterus et comme ça, on aura la paix ! Et je vous jure que le vaisseau sera construit en deux, trois mouvements ! Je reste sans voix et le contemple avec respect pendant un long moment, puis je me rassieds sur le siège que j'avais quitté pour faire l'assaut de son bureau. - Bien ! Je vais en discuter avec mes collègues et je vous recontacterai. Bonne fin de journée et bonne chance, Xénia. Je grommelle un aurevoir peu aimable en pensant à ma vengeance du « bonne chance, Xénia ». Nous sortons du bureau et remontons dans le bullo sans un mot. Xénia claque sa portière et la seconde qui suivait le claquement, elle s'était retournée vers moi et me hurla : - Ca t'arrive d'être polie avec les gens ? - Ce type m'a dégoûtée dès la première seconde où je l'ai vu ! - Ben va falloir t'y habituer, parce que c'est mon fiancé ! Je lève les yeux au ciel avec exaspération. - J'aurais dû m'en douter ! Ce type se prend pour Dieu le Père tout puissant ! - Peut-être parce qu'il est Dieu le Père tout puissant ! - C'est lui qui t'a mis cette idée en tête ? - Tous les patients qui l'ont eu ne l'ont jamais regretté. - Laisse-moi deviner, ils mangent les pissenlits par la racine ? La gifle a volé et je l'ai reçue en plein dans le mille. - Désolée ! Fit Xénia. -C'est vrai, une partie n'est plus là pour le dire. L'autre s'est cassée sur on ne sait quelle planète. Cette marque de violence pour une vérité m'a révoltée, je lui jette un regard assassin tout en sortant du bullo. Je décide de poursuivre la route entre guillemets à pieds. Histoire de calmer ma colère, je fais du lèche vitrine en contemplant des vêtements à la mode, je m'aperçoit que ceux de Xénia sont nettement plus beaux. A ce moment-là, je sais que je ne suis plus en colère et je hèle un bullo-taxi qui me conduit jusqu'à l'appartement. Je monte les escaliers car l'ascenseur est tombé en panne. Arrivée devant la porte de l'appart' je frappe trois coups consécutifs. Aucune réponse ne se fait entendre. J'entre dans la pièce, tout est aussi bien rangé, peut-être trop rangé. Sur la table, une enveloppe est posée. Je la prends et regarde mon nom inscrit hâtivement sur le papier un peu jaune. Je sors le billet à en-tête dorée de la parfumerie ; et lis la lettre :
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