Sacha Un détour dans le futur Découverte



- Alors, comment s'est passée ta journée?

- Super, tu peux pas savoir!

- A voir ta tronche, non, je n'imagine pas.

- Tonya, c'est pas une femme. C'est une diablesse, une tigresse! Tu devais être dans une mauvaise passe quand tu l'as engagée?

- Avec moi, elle était fort gentille.

- Le petit chien à sa maman! J'imagine le scénario, Tonya les papattes de devant sur les genoux de maman Xénia lui mendiant le susucre! Ca devait être beau!

- T'exagères!

- A peine! En tous cas avec moi, elle est aussi sympathique qu'une porte d'égout de prison.

- Est-ce possible? Je crois que je vais lui dire que sa manière d'accueillir les nouvelles employées laisse à désirer.

- Non! Surtout pas! Je vais me débrouiller toute seule comme une grande.

- Puisque tu insistes. Tu sais, je crois qu'elle a peur que je la vire et qu'elle ne trouve pas de nouvel emploi. Et Antonella, elle est sympa?

- Je ne la connais pas assez pour pouvoir te dire si je l'aime bien, mais elle est très gentille.

- J'ai fait les courses et...

- Et?

- Rien ne m'attirait vraiment alors j'ai décidé de nous inviter dans un..

- Restaurant? Je déteste les restaurants, c'est rien que les gens guindés qui débordent de fric et qui le montrent à tout le monde en mettant des fringues hors de prix. Ca me dégoûte les gens comme ça.

- Si tu m'avais laissé terminer ma phrase, je t'aurais dit que nous allons manger dans une boîte de ma connaissance.

- C'est vrai? J'adore sortir en boîte! Avant je sortais tous les soirs!

- Qu'est-ce que tu veux que je te dise?

- Je sais pas moi, que t'es vachement contente pour moi.

- J'suis vachement contente pour toi. Je vais te prêter des vêtements vachement sexy et tu feras sensation!

- Dis tout de suite que j'ai l'air conne habillée comme ça!

Elle jeta un coup d'oeil critique à mon tailleur qu'ELLE avait acheté pour moi. Un tailleur vert pomme à jupe courte et à chemisier en soie blanche.

- Pas tout à fait. Je te propose plutôt un vêtement de ma composition.

- Ben tiens! Je comprends que tu fasses des affaires.

- Je te l'offre!

- Ouais, ouais et tu vas doubler le loyer que je paie je suppose?

- Meuh non!

- Ces quelques mots sont à marquer d'une pierre blanche : je vais te faire confiance.

- A la bonne heure ! J'ai un super vêtement qui t'irait à merveille !

- Ah ouais, j'vois ça d'avance !

Elle me présente un pantalon de cuir noir avec sa ceinture assortie à tringle en argent et un chemisier blanc très largement décolleté. J'enfile la tenue, ça fait un peu pute sur les bords mais après tout, je ne suis plus à ça près. Je lâche mes cheveux sur mes épaules dénudées. Des grands anneaux d'argents sont très largement découverts. Manque plus que le percing dans le nombril et ce sera le comble !Xénia semble avoir la même idée en tête.

- On va te percer le nombril.

- Tu as un pistolet à perceuses ?

- Non, mais on peut faire ça manuellement.

- Ca va pas la tête ! J'ai pas envie de mourir du tétanos !

- Fais pas la gamine! Amène-toi.

J'avale difficilement ma salive et fais un pas en avant.

- Tu veux mon pied où je pense ?

Je crois que je préfère nettement avoir son pied au derrière que d'avoir une boulette d'argent fixée dans le nombril. Je lui jette un regard de cocker martyrisé, rien à faire, le tyran est sans pitié. Je la vois lever la boucle après avoir désinfecté le bout de chair qui sera bientôt troué comme un vulgaire ticket de métro. La pointe s'enfonce dans le petit bout et elle referme la perceuse avec un poussoir, j'ai hurlé sous le coup de la douleur. Je jette un coup d'oeil humide par les larmes à ce qui reste de mon nombril. Il est tout rouge !

- Meurtrière !

- Bébé ! Et puis tu n'es plus à ça près !

Justement, je viens de m'apercevoir qu'ici je ne suis pas dans mon monde. Ici les gens ont une certaine cruauté qui pour eux semble logique, pour moi, c'est un cauchemar. Ils sont gentils quand vous êtes d'accord avec eux mais, si vous n'êtes pas de leur avis, tous les coups sont permis. Vous pourrez commettre un meurtre, il ne sera pas pénalisé. Commettre un meurtre, c'est défendre sa manière de penser. En résumé, j'aurais pu tomber dans une maison de tarés que ce serait revenu au même. Je ne sais même pas comment quitter ce nid à fous.

Pour le moment, je dois penser à me faire accepter dans ce monde.

- Allô allô, Pat, ici Xénia m'entendez-vous ?

- OK, le bulldog, on peut partir.

- Le quoi ?

- Laisse tomber.

- Je déteste quand tu marmonnes des trucs dans ta moustache.

- Ecoute, je la décolore alors ne m'en parle plus je t'en prie.

- Tu as une moustache ?

- C'était une tentative de feinte.

- Je comprends mieux.

- Bon, on y va ? C'est que je suis impatiente de faire de nouvelles rencontres !

- Go ! C'est parti !

Nous descendons et montons dans le bullo - je ne sais plus trop quoi - tout en écoutant un type qui meuglait dans un micro qu'il avait perdu sa blonde. Je dis :

- J'veux pas le vexer, mais je comprends qu'elle soit partie sa blonde, s'il déclare son amour aussi bien qu'il ne chante, elle a dû s'enfuire en courant !

Xénia rit et se gara devant une boîte d'où émanaient les bruits d'une batterie mise à fond.

- C'est la boîte la plus branchée de la ville. Autrement dit, c'est moi qui suis à la base de sa fondation.

- J'me disais aussi.

- Tu verras, j'ai engagé un nouveau DJ et il est vraiment super !

- Cool, bon, et si au lieu de contempler l'enseigne clignotante du « DJ Box » on entrait ?

- Très bonne initiative !

- Je sais, je sais !

Nous rentrons dans la boîte et la musique mise à fond nous attaque comme un bataillon d'Amazones. Je hurle pour me faire entendre de Xénia.

- Quel boucan ! Ma grand-mère serait ici qu'elle m'aurait fait une syncope.

- Oui, mais ta grand- mère n'est pas ici, alors viens t'amuser au lieu de faire de l'esprit ; ça ne te réussit pas !

- Merci pour le compliment.

Xénia se fond dans la foule et me laisse en plan comme une cloche au milieu de tous ces tarés qui roulent du popotin. Je n'ai vraiment pas envie de me jeter dans cette foule pour m'exhiber devant un tas de mongols. Je me dirige alors vers le bar et m'installe sur un de ces tabourets à longs pieds.

- Un whisky, je vous prie.

- Ca marche. Grommelle le barman.

Il dépose un verre de ce liquide jaune et qui fait tourner la tête aux ados. Je fais tourner les glaçons d'un doigt distrait.

- Vous savez, la meilleure chose à faire, c'est de vous saouler.

Je lève la tête pour regarder mon interlocutrice. C'est une femme grande et mince aux griffes rouge sang. Elle a la chevelure colorée en un vert très gazon et de yeux bleus aux pupilles dilatées. A mon avis, elle doit avoir abusé de la moquette.

- Je sais que vous pensez que je me suis roulé la moquette, mais c'est pas une raison pour que je ne sois pas lucide, vous savez.

- Je ne l'ai jamais pensé.

- Vous mentez, je l'ai vu à votre mouvement de recul.

- Oui bon, et alors ?

- Je sais quel genre de fille vous êtes, vous avez peur de cette foule. Buvez, ça vous réchauffera l'esprit.

Pas conne la fille. J'avale le contenu de mon verre en trois gorgées et je sens une chaleur irréelle envahir mon cerveau.

- Waaaah, ça arrache la gueule !

La fille me regarde accoudée au comptoir avec un sourire qui dévoilait ses dents blanches.

- T'en veux un deuxième ? Me demande-t-elle.

- Volontiers !

Le barman me regarde avec plus de chaleur maintenant en me présentant un second verre aussi rempli que le premier. Je l'avale avec presqu'autant de facilité qu'un Russe vide sa bouteille de Vodka. La chaleur se fait plus intense et j'ai envie de me défouler et de danser. Il faut dire que je n'ai jamais bu plus de trois gouttes de vin durant les fêtes de nouvel an. Je me lève et me lance sur la piste de danse et je commence à me déhancher au rythme de la musique. Très vite les hommes s'amassent autour de moi. Je les provoque en leur faisant une petite caresse par ci par là. Mais sans y faire grand attention. Je suis portée jusqu'au surélèvement de la pièce où les grands danseurs se défoulent comme moi. Je ne les vois pas tellement la terre tourne et tourne comme une girouette. Petit à petit, la musique diminue et je n'entends plus que mon coeur battre la chamade. Le monde disparaît derrière un mur noir.

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