Sacha Un détour dans le futur L'appartement



Des portes électriques protègent l'intérieur de l'appartement. Nous nous avançons vers les portes, mais au lieu de s'ouvrir latéralement, les portes descendent vers le bas. Je grogne:

- Vive la technologie!

- A qui le dis-tu!

Pour monter au troisième étage, nous empruntons une sorte de plaque montante. Xénia pousse sur trois boutons différents et la plaque se met à monter. Nous arrivons devant une porte de couleur bleue. Je ricane, le bleu doit être sa couleur préférée. Elle ressort le porte-clefs en coeur et ouvre la porte. Une odeur de phoque me secoue les tripes.

- T'as mangé quoi, dernièrement?

- Ca sent pas la rose, en effet.

Dit-elle en fronçant le bout de son nez.

Ecoute, je te fais un marché, en attendant que je vire l'une des vendeuses de ma parfumerie, tu fais le ménage dans ce trou à rats, OK?

- Je suppose que j'ai le choix?

- C'est comme tu veux.

- Vive la démocratie!

- J't'en prie.

- OK.

- J't'adore!

Elle m'embrasse sur la joue et s'en va en courant en me disant:

- Bonne chance!

Et elle disparaît dans la plaque. Je marmonne:

- Merci.

J'entre dans la porcherie. Je contemple le bric à brac qui traîne par terre, sur les meubles, les chaises, les tables, dans les éviers et même dans la baignoire! Je souris, c'est pire que la chambre de mon petit frère! Des croquis de vêtements traînent un peu partout. Je prends mon courage à deux mains et je me dirige vers ce qui devait être une cuisine. J'enlève d'abord le lot de chaussettes se baignant dans l'évier empli de vaisselle. Je les fourre en vrac dans la machine à laver ainsi que la tonne de vêtements qui traînent un peu partout dans l'appartement. J'essaie de fermer la porte de la machine, pas moyen d'y arriver! Flûte! J'enlève les ¾ de la lessive que je laisse en attente dans une manne qui, elle (par le plus grand des hasards) est restée vide. Je retourne dans la cuisine, je fais couler une bonne savonnée d'eau chaude dans l'évier que j'ai pris soin de vider. Et je commence à faire la vaisselle. Je la range dans les armoires. Je lave le carrelage, les vitres, la table en verre, les armoires et les établis. Ouf! Une pièce de faite. Je regarde la montre murale, deux heures et quart! Une heure et demie que je bosse dans cette stupide cuisine. Tout ça à cause de ce bête marché. Je sors le linge propre et mets une autre lessive en marche. Je me dirige vers la salle de séjour, même cirque, je ratonne toute la pièce. Ensuite la salle de bains: nettoyer, ranger, gratter, suer, grogner, poncer, rincer, sparadraps, éponges, savons, courage, désinfectant, brosses, . Après, je me lance dans la chambre, idem. Après avoir nettoyé pendant quatre heures, je m'effondre dans un flubber. Je sors un hamac que j'ai déniché dans une armoire, je l'accroche dans la chambre, j'y ajoute un petit matelas pour ne pas avoir le derrière quadrillé, une couette bien douillette et un oreiller. Je m'y allonge et je sombre dans un profond sommeil bien mérité.

Je me réveille en sursaut, quelqu'un doit s'être endormi sur la sonnette car elle sonne en continu. Je me tire paresseusement du hamac et me dirige vers la porte. Cette sonnerie commence à m'énerver au plus haut point, j'ouvre la porte en coup de vent. Xénia sursaute en me voyant dans l'embrasure de la porte avec mon sale t-shirt et un vieux froc tout limé.

- J'ai passé une journée hor-ri-ble!

S'exclame-t-elle en entrant dans l'appartement.

- Des tas de clientes sont venues dans la salle dorée et je n'ai pas arrêté une seconde de travailler!

- Pauvre chou!

Elle regarde autour d'elle avec un sifflement admiratif et me dit:

- Je vois que tu n'as pas perdu ton temps, ça brille comme un suos neuf!

- C'est quoi un suos?

Elle me regarde avec des yeux horrifié avant de dire:

- C'est avec ça que l'on achète des carottes pour faire du potage. Hou, hou, tu viens de quelle planète? Martis, Junonis, Plutonis à moins que tu ne viennes du zwon?

- Zwon?

- C'est l'astre qui nous chauffe le derrière en été quand tu vas sur la plage. Je crois que le nettoyage est une onde négative pour ton petit cerveau embrumé.

- Comment sais-tu que je dormais ?

- Ben, tu sais, c'est pas tous les jours que je dois réveiller quelqu'un à coups de sonnette pour pouvoir rentrer chez moi.

- Pourquoi t'as pas pris ta clef?

- Parce que je te l'avais laissée sur la porte pour que tu puisses t'enfermer au cas ou tu aurais peur.

- Alors tu n'as pas su conduire ton bullo-machin?

- J'avais enlevé la clef de mon petit coeur adoré.

- Ah!

Je me tus car je sentais qu'elle bouillonnait intérieurement.

- Je vais nous préparer à dîner.

Dit-elle en balançant son sac par dessus son épaule pour le faire atterrir dans le divan.

- T'as fait les courses?

- Ben, non, j'avais pas de fric pour aller chercher de quoi bouffer.

- Bof, alors on mangera des restes de boîtes de conserves.

- Si elles ne grouillent pas de protéines non désirées.

- De protéines? Quelles protéines?

- En français dans le texte: de petits vers.

- Beurk! Tu m'as coupé l'appétit !

- Est-ce possible?

- Laisse-moi rire!

Elle me défie du regard, je fais de même. Nous éclatons de rire et elle se jette dans mes bras en me disant:

- Je t'adore!

- Ah, ma vieille, je me demande ce que je ferais sans toi!

- On se le demande, hein?

Elle se gratte le bout du nez et me dit:

- J'ai viré une parfumière et tu pourras prendre sa place dans deux jours car il faut qu'elle déménage tout son bordel.

- Tout son bordel? OK! En attendant, je suppose que je dois continuer à faire le ménage, c'est ça?

- En quelque sorte, oui. Tu pourras aller nous acheter de quoi nous nourrir et nous «abreuver» pendant une semaine au moins.

- Oui, chef! Il faudra que tu me donnes des... Comment ça s'appelle encore ce truc qui sert à acheter des carottes pour faire du bouillon?

Je faisais allusion à la discussion houleuse de tout à l'heure

Xénia pouffe et me répond:

- Les suos? Pour sur que je t'en passerai! J'tiens pas à mourir à cause d'une overdose de protéines.

Je ris. Xénia est vraiment la fille la plus super que je connaisse. En fait, je ne connaît qu'elle. Je me rembrunis et regarde le bout des trucs trempés et sans formes que je porte aux pieds. Elle me regarde avec ses adorables yeux de cocker et me demande:

- Je peux savoir ce qui se passe dans la tête de Pat?

- Il se passe que je viens de m'apercevoir que je ne connaissais personne dans cette ville, je ne connais même pas le nom de cette ville.

- Hi! Tu vas rire quand je te donnerai le nom de cette ville.

- Accouche.

- Elle s'appelle: La ville sans nom.

- C'est un nom à coucher dehors!

- No comment.

- Très bien, je prends une douche, je mange une pomme et je vais approfondir ma connaissance sur les hamacs, OK?

- Je crois que je vais faire la même chose. Et pour des amies, tu t'en feras plein à la parfumerie.

- Coooooool!

- Dors bien.

- Toi aussi.

Nous remontons dans le bullovolant et nous volons jusqu'à un appartement à l'allure modeste.

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