Sacha Un détour dans le futur Xénia



Quand j'ouvre les yeux, une dizaine de personnes sont agglutinées à mon côté.

Personnes? Non! Ce ne sont pas des personnes comme moi! Elles ont le teint très brun! Pas bronzé! Très brun! Tous ont les yeux bleus et me regardent avec inquiétude. Je me lève avec l'aide d'un d'eux. Martiens? Je ne sais guère quel nom leur attribuer. Je suis debout, je porte la main à ma tête, quelle surprise! Aucune trace de sang ou de blessure! Je suis prise d'un vertige. La peur gagne mon esprit embrumé. Suis-je dans le même monde? Je regarde autour de moi, pas de voitures? Des espèces d'oeufs volants sans roues? C'est quoi ça?! Je vois la tête des femmes, un fou rire s'échappe de mes lèvres. A mon avis, la mode, elles ne savent pas ce que c'est! Par contre, elles me regardent d'une drôle manière, je crois qu'elles doivent penser la même chose de moi? Si je veux pouvoir rester dans ce monde, il faudra que je m'habille comme elles. Ca ne m'emballe pas trop. J'y ajouterai une touche de mode «terrienne». Le mot sonne bizarrement dans ma tête. Et le comique de la chose me vient à l'esprit : je ne sais même pas où loger. Cela me fit sourire. Je n'ai pas de boulot non plus. En quelques mots: je suis dans le pétrin. Et faut-il payer avec de l'argent ou des vers de terre? Je ris, ce ne sont pas des oiseaux, ils ressemblent à des Terriens. Mon sourire se fige, ce ne sont pas des Terriens. Un sentiment de tristesse s'empare de moi, je marche lentement en traînant les pieds. Une jeune femme aux cheveux noirs comme l'ébène me regarde avec des yeux de cocker. Elle s'approche de moi et me dit:

- Vous semblez bien malheureuse, puis-je faire quelque chose pour vous?

Tiens, elle parle français, pas de réflexe de ma part. La jeune femme reprend:

-Suis-je bête! On peut toujours faire quelque chose!

Elle se met à rire, un rire de cristal. Son rire est comme un enchantement, je la détaille pour me mémoriser cette femme. Elle a la même taille que moi, les yeux bleus très clairs, des lèvres peintes en rouge cerise, un pantalon qui semble de cuir bleu ciel, une sorte de veste de même matière et de même couleur, rien en dessous; sa poitrine est assez largement découverte, ses ongles longs sont vernis de bleu, je hausse un sourcil. On dirait une des filles faciles du pire quartier parisien. Je ne lui fait aucune remarque. Elle reprend ses yeux de cocker et je m'aperçois que je ne lui ai toujours pas répondu. A Paris, la jeune femme serait partie depuis longtemps en me traitant de tous les noms.

- Qui êtes-vous?

Son expression triste disparaît et elle se remet à rire.

- Désolée, j'oublie toujours de me présenter quand je rencontre quelqu'un! Je m'appelle Xénia et j'habite non loin d'ici. Et toi, comment t'appelles-tu?

- Je m'appelle Patricia et je viens de très loin. Je n'ai même pas de logement.

- T'inquiète! Tu peux venir loger chez moi en attendant que je te trouve un appart'.

Un sourire se dessine sur mes lèvres, elle est peut-être différente de moi, mais elle parle presque aussi mal que moi quand je m'y mets!

- Viens, j't'amène chez moi? Je vais te refringuer, tu ressembles à une femme de ménage.

Je jette un coup d'oeil critique à mon pull et à mon jeans.

- Une femme de ménage?!

Elle tire un paquet de chewing-gum de sa poche, en déballe un et me regarde avec pitié.

- C'est ce que j'ai dit, non?

- Ouais, justement!

- Tu vas pas me dire que ,d'où, tu viens , on s'habille comme ça!

Je tire une moue qui doit être très éloquente. Elle hausse un sourcil et pouffe de rire. J'ai presqu'envie de l'étrangler. Je respire une fois, deux fois et c'est passé.

- D'accord, tu vas m'habiller comme tu penses, mais d'abord, tu me files une chique!

- Comme je veux? Totalement comme je veux?

Je sens le piège à plein nez. Tant pis, je me jette à l'eau!

- TOTALEMENT comme tu veux.

- Coooooool!

Elle roule le o comme un Hollandais roule les r. De nouveau, je souris. Un sourire qui révèle mes dents blanches. Elle me donne une chique et me fait signe de la suivre. Elle s'arrête devant l'un de ces oeufs et sort de sa poche un porte-clefs en forme de coeur. Elle appuie sur boudin qui doit être la clef de son bidule. Une détonation se fait entendre, et les portes de l'oeuf s'ouvrent avec un bruit de glissement. Je monte. Je m'installe dans un siège qui est en flubber. Beurk! J'ai l'impression de m'asseoir dans une merde. Le «fauteuil» rebondit en même temps que l'oeuf démarre. Elle tourne à la place du volant, un compact Disc. Mon réflexe est de me demander quel est le chanteur qui produit le disque. Je lui demande:

- Vous écoutez quoi, comme musique?

- Ca dépend, en été, nous écoutons des chants joyeux, en hiver, nous écoutons des musiques avec beaucoup de rythme. Tu veux que je te fasse écouter un de mes CD?

- Pourquoi pas.

Elle glisse une plaque carrée dans une fente que je n'avais pas vue. Elle appuie sur le milieu de son «volant» et la musique se met en route. Beaucoup de bruit avec de très belles voix, j'apprécie assez. Elle chantonne le refrain en dandinant son derrière sur son flubber. Tout en chantant, elle maugrée des mots pas très gentils au sujet de la circulation et des gens qui conduisent les oeufs volants. Après avoir roulé ou plutôt volé durant une dizaine de minutes, elle retire la clef de contact en me disant ceci:

- Tout le monde descend! Fais attention à la marche, Pat. La première fois que je suis descendue de mon bullovolant, je me suis cassé la figure en plein milieu de la bulloroute et toutes les personnes qui sont passées par là ce jour-là ont bien ri!

Je me noie dans ce flot de paroles. Je la regarde comme une imbécile et je lui demande:

- On est où?

- Devant mon magasin de vêtements!

Paf! Je me colle une baffe. Ca ne pouvait pas mieux tomber, je suis tombée sur la seule marchande de vêtements de tout le quartier. Un mot m'échappe.

- Merde!

- T'as dit quoi?

- Rien!

- Ah, j'ai cru que... Bof, aucune importance. Entre, je vais t'habiller personnellement. C'est que c'est très rare que ce soit la patronne qui habille!

- T'es pas obligée de m'habiller, tu peux demander à tes vendeuses de le faire à ta place.

Si tu crois ça, pauv'cloche, c'est que t'es vraiment très conne!

- Tu me prends pour qui? Je sais que si je te laisse deux secondes toute seule, tu vas te sauver en hurlant au fou! Shit!

- Meuuuuh non! J'oserais jamais!

- Prends encore une seule fois ton air de Sainte Nitouche et je te balance du troisième étage!

Je scrute son regard, je n'y vois aucun air de rigolade. J'avale difficilement ma salive. Elle se met à rire et me dit:

- Quand je dis ça, tout le monde à peur car je garde tellement bien mon sérieux qu'ils y croient vraiment!

Je n'émets qu'un rire crispé par la peur qui s'était emparée de moi quelques minutes auparavent. Elle me pousse dans son magasin. La surprise m'arrête tout net. C'est le plus beau magasin que j'ai vu de toute ma vie. Les murs sont entièrement tapissés de paillettes argentées et elles brillent d'une manière presqu'irréelle. Le sol est recouvert d'un tapis plain blanc et doux comme une fourrure.

Des fauteuils en flubber transparent sont surélevés à une dizaine de centimètres du sol. Deux personnes se font habiller par des vendeuses. Quand elles voient entrer leur patronne, elle s'inclinent respectueusement, les deux clientes font une révérence très stylisée. Je hausse un sourcil: Xénia doit régner en reine. Elle déclare:

- Je vais habiller ma nouvelle amie dans le salon doré.

Les vendeuses ouvrent de grands yeux après avoir fait un hochement de tête approbateur.

- Qu'a de particulier le salon doré?

- C'est là où j'habille mes plus grandes clientes avec les vêtements les plus chers.

- Ah.

Mon cerveau ne fait pas tout de suite le rapprochement. Après quelques secondes, je m'exclame:

- Les vêtements les plus chers! Mais je n'ai même pas un sou pour t'acheter ta tenue la plus misérable!

- T'as rien pigé? Je vais te les offrir tes vêtements! Ca va? C'est arrivé au cerveau?

- Pourquoi m'offrirais-tu des vêtements qui coûtent la peau des fesses?

- Parce que c'est la première fois que l'on me dit vraiment ce qu'on pense. D'habitude, les gens sont toujours réservés pour ne pas me vexer.

- Aaaaah?

Elle m'entraîne dans la salle dorée. C'est tout aussi beau que la salle argentée.

Elle sort de cinq armoires murales des penderies contenant chacune plus d'une vingtaine de vêtements. Elle sort quelques tenues qu'elle enfile sur des mannequins. Comme tenues, il y a: des «normales», des simples, des compliquées, des forts jolies, des scintillantes et des tenues qui ressemblent fort à celle qu'elle porte. Elle les regarde toutes et en choisis quelques-unes en me disant:

- Celles-ci devraient t'aller à merveille!

Je les contemple avec approbation. J'en caresse une du dos de la main. Sa matière me plaît et je décide de l'essayer. Je vais derrière un paravent tout doré et je commence à me déshabiller. Je me glisse dans la tenue rouge bordeaux dont la matière fait penser au cuir. Pour fermer le pantalon, il y a une cordelette que je passe en croisillons dans des petits trous. J'enfile la courte veste sans manches. Courte, c'est peut dire! Elle s'arrête un peu plus bas que me poitrine qui est presqu'aussi bien dévoilée que celle de Xénia. Je ferme la veste avec le même système de croisillons que pour le pantalon. La tenue dévoile mon nombril et ma peau naturellement bronzée. On peut voir dans mon dos un tatouage que j'avais fait faire quand j'avais 17 ans. Je le regarde avec plaisir. Il représente trois espèces de griffes qu'aurait pu me faire un félin quelconque. Je chausse des espèces de chaussures à semelles compensées et je mets de très grands anneaux en argent dans les oreilles. Je sors de derrière le paravent. Xénia attend en lisant un magasine de mode. Elle lève les yeux et un sourire coquin se dessine sur ses lèvres.

- T'es vachement sexy! Tournes toi pour que je te voie de dos.

Je tourne sur moi-même et je la regarde en haussant un sourcil.

- T'es super cool! Et j'adore le tatouage que tu as dans le bas du dos! Je t'assure, t'es super géniale!

Un sourire malicieux se dessine sur mes lèvres.

- Quoi? T'en doutais?

- Naaaan? Mais je vais t'arranger la coiffure. Tu seras encore plus sexy!

- Comme tu veux.

Elle s'avance vers moi tout en me détaillant de la tête aux pieds. Elle prit mes longs cheveux dans une main et de l'autre, elle les arrangea en les relevant et en y ajoutant des pinces et des élastiques. Ensuite, elle me maquilla: Elle traça un trait le long de mes paupières avec un feutre noir, me mit du mascara, du rouge à lèvres mordant et me mit du vernis bordeaux sur les ongles. Un sourire satisfait se dessina sur ses lèvres et elle alla chercher un miroir dans une armoire. Je me regarde, je suis vraiment très jolie? Je ne savais pas que je pouvais ressembler à la jeune femme très sexy qui me regarde dans ce miroir.

- Combien que tu vas faire des ravages?

- Tout ce que tu veux!

- Pour le boulot, j'ai un ami qui travaille dans une grande société. Je vais lui demander si il n'a pas un petit boulot qui traîne. Sinon, tu travailleras avec moi.

- Avec toi?

- T'inquiètes, crevette! Si tu préfères vendre des parfums, j'en tiens une petite boutique juste à côté.

- Ca tombe bien, je suis parfumière

- Sans blagues?

- J'te jure!

- Tant mieux, car les deux vendeuses sont vraiment des empotées! Les femmes ne viennent vraiment que parce que j'ai les meilleurs parfums de toute la ville, sinon, j'aurais fait faillite depuis longtemps.

Elle poussa un long soupir et me regarda en reprenant son sourire habituel.

- Allez? Viens, je vais te montrer mon appartement.

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